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Un chant secret d’exil et de lumière

C’est une quête de lumière et de liberté qui aura habité toute la vie d’homme et d’artiste de mon père. Depuis ces temps maudits des années froides et noires de la folie des hommes dont il fut plusieurs fois miraculé pendant l’Occupation tout jeune homme, il ne cessa plus que de rêver de lumière, de ciels immenses et de volets qu’il ouvrirait le matin sur une campagne inondée de soleil.

C’est ce qui le mena vers l’éclat de la mer et du soleil de la Côte d’Azur en 1950. Il y connu la jubilation de peindre, de créer. Dans cette marge d’ombre qui sépara pour lui la nuit du soleil de l’espérance, il réussit à se creuser un sentier inconnu, un chant secret empli d’exil et de toute les joies de vie et de création. Une vie comme une célébration qui venait en contrepoint de ces années d’obscurité et de terreur.

Dans le monde de mon père, la lumière était partout. Même celle qui ne se voyait pas mais qui était là enveloppante et vibrante en une fête du regard et de l’esprit. C’était comme si cette soif de lumière, ce goût de la vie lui permettait de conjurer les absurdités du monde, celles qui allaient continuer de le hanter jusqu’à la fin de sa vie.

Il la trouvait aussi bien dans le bonheur de goûter ce qu’il appelait l’or du temps, celui de son art, dans ses moments lumineux de silence et de solitude. Il écrivait sur ses peintures et il peignait sur ses écrits des mots qui venaient en vrac, en vagues illuminer son univers d’intimité créatrice. Son monde était peuplé de symboles fantasmatiques qui étaient remontés à la surface comme autant de lambeaux de mémoire d’enfance.

Il venait de Lituanie et son âme était restée empreinte de traineaux enneigés et de bateaux à roue pavoisés de mille feux. Ils glissaient en silence sur le Niemen devant ses yeux éblouis d’un enfant de 5 ans. On les retrouve dans un grand nombre d’œuvres de jeunesse.

Il y avait là aussi un samovar brûlant et de grosses théières ventrues qui réchauffent les mains et le cœur, symbole de la chaleur familiale.

C’est ainsi que mon père se créa une mythologie personnelle et picturale où toutes ces images se mêlèrent à d’autres fantasmagories venues de la Bible, de l’Exil et de la Femme.

Sur ses toiles, la lumière venait de la matière qu’il avait apprise des tableaux de Rembrandt au Rijkmuseum d’Amsterdam.

C’est ainsi que dès 1960 jus et glacis vinrent nimber ses personnages et ses fonds d’un rayonnement  qui se retrouvait dans ses lieux de création, ses ateliers que ce soit à Nice face à l’immensité de la mer du quai Rauba Capeu, à Saint-Paul de Vence face aux remparts dorés du soleil couchant ou à New York, en plein cœur de Manhattan. Des endroits où il déroulait ses rêves au bout des pinceaux…

Catherine Faust-Tobiasse


La Symbolique

La symbolique de la mythologie TOBIASSE s’exprime à la manière d’un langage :

La théière lisse et ventrue évoque l’hospitalité, la chaleur familiale
Les navires, les trains et les charettes rappellent l’Exil et la nostalgie du départ sans retour.
Les fruits décrivent l’abondance, les chandeliers la lumière et l’espoir.
La femme représente l’amour maternel et la sensualité amoureuse
Le thème de l’homme et l’enfant exprime le respect pour la famille et les traditions ancestrales.

C’est ainsi que ces thèmes qui étaient d’abord profanes et proches de certains bestiaires ont rapidement évolué vers des réminiscences de son enfance. Les autobus entrevus lors de son voyage vers la France, les bateaux à roues sur le Niémen en Lituanie, les fumées des gares tristes et grises, les bouilloires se mêlent de façon insolite à des fantasmes bibliques, érotiques ainsi qu’à l’Exil.

L’artiste raconte combien il fut frappé au Mexique par l’art précolombien aux couleurs rutilantes.Les sites impressionnants aztèques du Yucatan avec leurs pierres gravées lui inspirèrent ses techniques de  gravure au carborandum.

Tobiasse en quelques dates …

1960- 1964 : Les premiers sujets sont figuratifs avec des natures mortes, des animaux ou des vélocipèdes. La recherche de la matière est privilégiée et non le sujet qui est prétexte. Inspiré par Dubuffet et  l’art brut.

1965 – 1970 : Les thèmes d’Exil, de Bible et de la Mémoire retrouvée sont les thèmes principaux de ces années. La matière est riche, travaillée sur fonds de glacis et de collages. C’est à Rembrandt qu’il doit sa découverte des jus et jeux de lumières sur la toile en se rendant au Rijkmuseum à Amsterdam.

1970 – 1980 : On découvre les villes de prédilection de l’artiste, Paris, Jérusalem, New York et Venise sur fond de thèmes bibliques et de la femme mère et amante. Elle traverse toutes les périodes de son œuvre dont elle est presque un fil conducteur. Il l’exprime comme un chant de sensualité, généreuse « aux creux sombres et aux vallées silencieuses

1980 – 1990 : De grands formats concomitants à l’installation à New York ainsi que de nouvelles techniques apparaissent vers 1982. Sculptures en bronze, monumentales en acier découpé peint

1990 – 2000: Création à Vallauris chez Milici de séries de céramiques, plats en pâte blanche.

2000 – 2012 : Carnets d’écrits et de dessins