La Chapelle Saint-Sauveur

Home / La Chapelle Saint-Sauveur

La chapelle saint Sauveur
décorée par Théo Tobiasse

Cette chapelle s’est présentée à moi comme un lieu de la mémoire perdue, coquille vide, riche d’une histoire oubliée, effacée par le temps. J’ai voulu rendre vie à cet édifice et lui écrire une histoire. 

C’est ainsi que Tobiasse décrit ses sentiments vis-à-vis de la chapelle Saint Sauveur au Cannet lorsqu’il la voit pour la première fois. En 1989, la municipalité lui offre la possibilité de la décorer et il choisit pour thème La Vie est une Fête afin de célébrer le cycle merveilleux de la vie, de rendre hommage à sa fragilité et à son renouvellement. Un sujet qui, disait-il, « illustre le renouveau et respecte le passé ». L’une de ses préoccupations était également de « tendre une passerelle entre les générations, de faire fusionner toutes les sensibilités et d’ouvrir ce lieu à toutes les religions ».

En parlant de la grande fresque qu’il y exécuta, il dira encore : « L’idée directrice est simple comme devrait être la vie : je parle de la vie, de l’amour, de la maternité. De tout ce qui est vraiment important ».

Cette conception de la vie semble résumer l’esprit de Tobiasse qui toute son existence tentera d’oublier les années noires de l’Occupation pour mieux profiter de la vie et en faire profiter les autres avec lui.

Artiste protéiforme, il utilisera plusieurs techniques pour décorer la chapelle, les mêlant harmonieusement, comme pour mieux prouver qu’il n’y a pas de frontières entre les arts : « sculpter la peinture, peindre la sculpture, colorer la lumière de manière à exprimer la métamorphose perpétuelle des formes. »

La Chapelle Saint Sauveur est un exemple du travail de Tobiasse qui a pu laisser libre cours à son imagination, en respectant l’esprit du lieu et un lui insufflant un esprit de modernité lié aux traits dynamiques de l’artiste, aux techniques variées et aux couleurs flamboyantes qui donnent au visiteur l’illusion de pénétrer dans un tourbillon éblouissant de bonheur.

Au fronton de la chapelle, sur toute sa largeur, se déploie une mosaïque autour du thème de la création du monde. Elle est conçue autour de l’élément central du soleil, bleu et rayonnant, source de lumière et de vie. Sa composition de pierres naturelles, de marbres et d’émaux de Murano renvoie à un paradis terrestre, où l’on retrouve entre autres, une colombe, une roue et une végétation foisonnante. Les anges indiquent une transcendance, une élévation possible. L’un tient une pomme – élément central chez Tobiasse signifiant le désir et la révélation -, l’autre tend une cruche, l’eau étant le symbole de la fécondation et de la vie.

Les vitraux


Une fois à l’intérieur, on est bercé par une douce lumière, propice au recueillement que diffusent cinq vitraux polychromes représentant d’éclatants bouquets de fleurs, des fruits sur des coupes et des paniers. La fleur, métaphore de l’âme et de la beauté s’ouvre vers une élévation, les fruits expriment les désirs sensuels, les coupes et les paniers l’espoir et l’abondance.

Le banc

L’axe principal de la chapelle est souligné par un banc qui forme un trait d’union entre l’extérieur et l’intérieur. Ses accoudoirs répercutent le traitement stratifié du bois des panneaux latéraux sur les murs de la chapelle. Par ailleurs, le bois naturel de l’assise fait écho au tilleul du parvis.

La fresque

Comme une sorte de retable géant, sur 2,20 m de haut, se découvrent dix-huit panneaux de bois peints et découpés par strates sur fond rouge de la nef et sur fond bleu pour le chœur. Il faut lire de droite à gauche, chaque côté traduisant un sentiment différent. À droite, la joie pure, la spiritualité, à gauche la nostalgie, le versant plus sombre de la vie.

Panneau de droite

Au centre, se joignent deux mains monumentales qui symbolisent la chaleur et la protection. Autour d’elles s’organise une vie figurée par une famille regroupée et unis, un couple à l’image de la destinée humaine, des femmes aux corps généreux comme une allégorie de l’amour, de la vie et du partage. Puis se succèdent comme dans une joyeuse sarabande, une bergère qui semble veiller sur une colombe, un village, une cruche en signe d’offrande, un couple qui danse. L’ensemble montre une communion, un transport et une harmonie possibles

Le chœur

C’est ici que les bleus sont les plus vibrants et que s’expriment les références du bonheur de vivre chères à Tobiasse. A centre, la colombe entourée de deux anges, indique un chemin de paix, un homme à gauche et une femme à droite, semblent voler l’un vers l’autre. Enfin, des rayons éclairent deux pôles spirituels : Jérusalem à droite et Saint-Paul de Vence à gauche. Des brisures évoquent les voies entre les niveaux terrestre et céleste du monde.

Panneau de gauche

Après le déploiement précédent, il s’agit ici d’un repli, d’une manifestation de la nostalgie. La colombe est devenue plus fragile, la roue rappelle l’exil et les départs forcés, mais les personnages se dirigent vers une femme accueillante aux bras levés qui semble les guider vers une élévation. D’autres personnages s’intercalent, ils semblent sortir d’une fête, un couple finit sa danse, une femme se désaltère. Enfin un cheval ailé accompagne une famille, il suggère l’impatience et la fougue des désirs.